Les Troubles
© 2007
La Voix
C'est le trouble le plus évident. La voix est sourde, forcée, parfois crépitante et pouvant aller jusqu'à imiter le bruit
d'une crécelle. Il y a apparition d'une sensation de vibration dans le larynx.
La Respiration
L'inspiration est forcée et bruyante. Les muscles de l'abdomen et du thorax ne se relâchent pas suffisamment à cause
d'un réflexe. Il se produit souvent, en quelques semaines, une augmentation de ce réflexe provoquant une crise de blocage
presque total de la respiration. Celle-ci devient extrèmement bruyante, la victime étouffe.
Le réflexe de contraction des muscles du thorax et de l'abdomen a pour effet une prise d'air incomplète lors de
l'inspiration. Cela fait une quantité d'air moins importante à projeter violemment sur les cordes vocales qui
fatiguent alors moins.
C'est ainsi que l'organisme se protège.
Tensions musculaires
La perte du tonus musculaire des muscles des cordes vocales provoque donc une oscillation parasite de celles-ci (voir
Analyse du Processus, illustration Cordes Vocales).On constate un très fort réflexe de tension des muscles des cordes
vocales. Ce réflexe a pour effet de compenser partiellement les conséquences de l'hypotonie en retendant un peu les cordes
vocales pour qu'elles oscillent moins.
C'est ainsi que l'organisme se protège.
D'autres tensions musculaires peuvent se produire dans la région du cou, parfois à la limite de la crampe, notamment le
muscle génio-hyoïdien. Ces tensions musculaires peuvent être présentes en permanence et rendre pénible, voire
impossible, le simple exercice de regarder la télévision assis dans un fauteuil.
Grâce à une succession de détériorations et d'améliorations de l'état musculaire de mon larynx, j'ai pu constater une
corrélation absolue entre l'apparition de la fatigue vocale et les tensions musculaires péri-laryngées.
C'est bien la fatigue des muscles vocaux qui génère l'apparition de tensions musculaires péri-laryngées.
J'en ai déduit que ces tensions musculaires péri-laryngées étaient des réactions de l'organisme pour tenter de compenser
les effets de la fatigue vocale. Par contre, je n'ai pas trouvé comment ces tensions musculaires dans le larynx
se propageaient à la zone péri-laryngée.
Troubles visuels
On constate que la réalisation des tâches suivantes peut être gravement perturbée :
1-Echange des regard dans la procédure du dialogue(page Voix parlée). Or, les échanges de regards sont justement les
principaux signaux visuels de cette procédure. Il manque donc un élément important, le dialogue et la communication
en pâtissent.
2-La télémétrie. Nous mesurons la position des objets par rapport à nous en les pointant du regard. Ce geste est
automatique, nous ne nous en rendons même pas compte (page Analyse du processus). Nous possèdons ainsi un télémètre
très performant. De plus, il possède une fonction mémoire.
Ce télémètre nous est indispensable pour saisir les objets. En les pointant du regard, notre cerveau est informé de
leur position et de leur distance, il les mémorise et commande notre main.
Ce télémètre nous sert à mesurer les limites de notre espace et la position des obstacles qui s'y trouvent. Cela nous
permet de nous déplacer sans nous cogner partout
Ce télémètre nous permet de saisir les objets, de les déplacer dans l'espace et de les manipuler.
Dans le surmenage vocal sévère, le geste automatique du pointage du regard disparait, le télémètre ne fonctionne plus,
rendant difficile ou impossible la réalisation de beaucoup de tâches de la vie quotidienne. C'est un handicap lourd.
Pour mesurer la distance de l'interlocuteur, le calculateur de la Valeur de Référence utilise donc notre télémètre à
pointage du regard. Le fait que le télémètre ne fonctionne plus, que le regard reste dans le vague, a pour effet
d'envoyer au calculateur une information de distance fausse, plus faible que la réelle. La Valeur de Référence calculée
est plus faible et les muscles des cordes vocales ont moins de travail.
C'est ainsi que l'organisme se
protège
Réactions cochléaires
Imaginez-vous, après une journée de canicule, prenant le frais à la tombée du jour. Le soir est calme, il n'y a pas
un souffle de vent et vous êtes confortablement installé dans un fauteuil de jardin, attentif à tous les sons de la
campagne environnante.
Mais, à votre insu, quelqu'un se glisse derrière vous sans bruit, il est armé d'une cloche en bronze et, au moment où
vous vous en doutez le moins, il en donne un grand coup à vingt centimètres de vos oreilles : vous sursautez
violemment!
Maintenant, imaginez que cet évènement se reproduise vingt fois dans la journée, ainsi que le lendemain et tous les
autres jours de la semaine, puis toutes les semaines qui suivent, puis les mois, des mois et des mois.
Etes-vous capables d'imaginer dans quel état vous vous trouveriez ?
Chez le surmené vocal sévère, nul besoin de cloche : une porte qui claque, une petite cuillère qui tombe sur le
carrelage, des feuilles de papier que l'on froisse-c'est encore pire avec le plastique- et, surtout, le fait de lui
adresser la parole brutalement peuvent provoquer le même effet qu'un coup de cloche près des oreilles de toute
personne en état de relâchement.
L'hypersensibilité aux bruits dans le surmenage vocal sévère est probablement dû à une inhibition puisque cela
correspond à un état de relâchement. Il faudrait savoir comment est fournie au calculateur l'information du niveau de
bruit ambiant. Il est probable que cette inhibition a pour effet de fournir une information fausse au calculateur
pour qu'il établisse une Valeur de Référence la plus faible possible.
C'est généralement ainsi que
l'organisme se protège.
La communication
Prononcer la moindre phrase exige des efforts considérables et est ressenti comme très pénible. Ceux qui sont obligés
de parler longtemps dans ces conditions-notamment pour raisons professionnelles - se déclarent épuisés.
Inconsciemment, on est obligé de faire des efforts constants pour endiguer des réflexes. La situation est encore
aggravée lorsque l'on doit parler à des personnes qui ont elles-même certains troubles de la communication: ceux qui
parlent trop vite, avec un débit de mitraillette, ou qui ne vous laissent pas le temps de prendre votre souffle et de
préparer votre phrase, qui vous coupent la parole, qui inversent les phases du dialogue, etc.
Pour aider les victimes de surmenage vocal, il faut donc apprendre à leur parler de manière très posée et très douce
(avec une faible pression sous-glottique) en étant très attentif aux signaux et à la procédure du dialogue, en évitant
les comportements du type "moulin à paroles". L'aide de l'orthophoniste serait parfois judicieuses dans ce domaine
pour la cellule familiale de la victime.
Relations avec l'extérieur
Au fur et à mesure que son état se dégrade, la victime se renferme de plus en plus sur elle-même. Elle a de plus en
plus de mal à prendre en compte le monde extérieur, elle vit dans une espèce de bulle.
Il s'agit probablement encore d'un mécanisme de protection.
L'ennui est que cela constitue un handicap très lourd qui se révèle trés long et très difficile à éliminer, même après
que l'on ait réussi à rétablir un fonctionnement normal du larynx.
Destruction de la vie sociale
Dès le début, on peut
mesurer une diminution des relations sociales. Lorsqu'on en arrive aux troubles les plus
graves, il n'y a plus de vie sociale du tout, les victimes se terrent chez elles. Même au sein de la cellule familiale,
les relations sont gravement perturbées. Je n'ai pas vu le cas, mais je suis effrayé à l'idée que cela puisse arriver à
une mère de famille travaillant et élevant seule de jeunes enfants.
La diminution des relations sociales est un signe caractèristique du surmenage vocal sévère. Cela doit
alerter.
Conclusion
Lorsque la communication devient souffrance, l'organisme refuse la communication.
L'aggravation des troubles dans le surmenage vocal sévère est parfaitement prévisible. Nous sommes dans un domaine
rationnel et logique.
Pour éviter cette aggravation des troubles, la logique et le sens des responsabilités imposent de traiter le
surmenage vocal
rationnellement dès le début.
Cela veut dire qu'il ne faut pas attendre l'échec de la rééducation orthophonique au bout de six ou huit mois pour
s'apercevoir qu'il y avait une complication. Ce serait irresponsable.
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