Retour à la page d'accueil

Analyse du Processus.


IMPRIMER   Documents Protégés  © 2007

Imprimer le texte   Imprimer Logique   Imprimer Diagramme

Imprimer Régulation   Imprimer Cordes Vocales

1-Le hasard de la découverte.

A l'époque, j'écoutais souvent de la musique au moyen d'un casque Hi-Fi. Je me suis aperçu un jour que je chantonnais sans m'en rendre compte. Alors que d'habitude je me fatiguais très vite la voix parlée comme chantée, avec le casque sur les oreilles je pouvais chantonner sans me fatiguer. En ôtant le casque pendant que je chantonnais, j'ai constaté que j'avais une toute petite voix; par contre, elle était claire.
J'en ai conclu que, sans le casque je forçais ma voix sans m'en rendre compte, tandis qu'avec le casque sur les oreilles ma voix ne donnait pas plus qu'elle ne pouvait.

2-La voix : un système régulé.

La production de la voix est gérée par un système automatique ayant deux modes de régulation :
A-Régulation par le résultat.
Il est fixé une intensité sonore que le système cherche à atteindre coûte que coûte. Si l'instrument vocal n'a pas ou n'a plus la possibilité physique d'atteindre ce résultat, il se produit automatiquement un forçage de la voix. L'importance de ce forçage vocal est directement fonction de la différence entre, d'une part, l'intensité sonore que la voix cherche à atteindre et, d'autre part, celle qu'elle peut produire.
B-Régulation par les moyens.
En empêchant les oreilles d'entendre la voix (avec le casque), on déconnecte le système de régulation qui provoque le forçage. La voix qui en résulte est produite sans effort et sans déclencher les sensations pénibles amenées par le forçage.
Ce sont les sensations qui régulent alors la voix.

Dans ces conditions, un système de régulation industriel produirait au contraire un forçage maximum.
Chez l'être humain, le système de régulation fonctionne exactement comme son homologue industriel, sauf que, en dessous d'un certain seuil de transmission du retour d'information (par les oreilles), le système de régulation se déconnecte et bascule dans un autre mode de fonctionnement : c'est le fonctionnement paradoxal du système de régulation.

3-Comment fonctionne une régulation.

Par exemple, on veut obtenir d'un moteur électrique qu'il tourne à une vitesse constante. Pour cela, on va d'abord lui fournir l'énergie nécessaire à travers un dispositif permettant de contrôler cette fourniture d'énergie. Un autre dispositif va mesurer sa vitesse de rotation et donner le résultat de la mesure sous une forme utilisable, par exemple un nombre de Volts proportionnel à la vitesse de rotation du moteur. Admettons que l'on veuille faire tourner ce moteur à une vitesse constante de 1500 tours par minute et qu'à cette vitesse là le dispositif de mesure donne exactement 10 volts. C'est cette valeur de 10 volts qui nous permet en pratique de savoir que le moteur tourne bien à 1500 T/mn.

Cette valeur de 10 volts est appelée VALEUR DE REFERENCE.

Pour savoir si le moteur tourne à la bonne vitesse, on compare le nombre de volts que donne le dispositif de mesure à la Valeur de Référence. Si le nombre de volts est égal à la Valeur de Référence, le moteur tourne à la bonne vitesse, s'il est en dessous de la Valeur de Référence, la vitesse est trop faible, s'il est au-dessus la vitesse est trop élevée .
Ensuite, on utilise la différence entre le nombre de volts donnés par le dispositif de mesure et la Valeur de Référence pour commander le dispositif de contrôle de l'énergie fournie au moteur afin de corriger sa vitesse de rotation :
1-Nombre de volts : 10; la différence est 10-10 = 0, pas de correction.
2-Nombre de volts : 12; la différence est 10-12 = -2, le moteur tourne trop vite, on le ralentit.
3-Nombre de volts : 8; la différence est 10-8 = +2, le moteur tourne trop lentement, on l'accélère.

Le dispositif qui compare le résultat de la mesure avec la Valeur de Référence et en calcule la différence s'appelle un COMPARATEUR. C'est le cœur de tout système de régulation. Il est très important de bien comprendre comment il fonctionne et de le retenir.

Regardons l'illustration REGULATION.:
Dans la voix, l'énergie est fournie par les poumons, le contrôle de l'énergie se fait grâce aux muscles abdominaux, les oreilles mesurent le résultat et le transmettent au comparateur que nous avons dans le cerveau. J'ai figuré le fonctionnement du comparateur au moyen d'une balance, en réalité ce sont des neurones comme vous l'aurez compris. Le tas qui se trouve sur le plateau de droite de la balance figure le nombre de volts de notre exemple précédent.
RESUME

Lorsque l'on doit obtenir un résultat constant d'un procédé, le plus efficace consiste à mesurer le résultat produit et à comparer cette mesure à la Valeur de Référence. La différence entre la mesure et la Valeur de Référence est utilisée pour corriger le résultat.


Dans ce système, on ne peut modifier le résultat qu'en changeant la Valeur de Référence.

On nomme ce système : "régulation", "asservissement" ou "système cybernétique".
Une certaine mode consiste à utiliser l'appelation anglo-saxonne de "feedback". En français : rétro-action. Cela veut dire qu'on ne retient de la complexité des systèmes régulés que le retour d'information effectué par la mesure du résultat. Or, je me répète, le cœur du système, le plus important à savoir et à se rappeler pour pouvoir comprendre, c'est le Comparateur..

4-Détermination de la Valeur de Référence.

Communiquer par la parole consiste à transmettre un message oral à un ou plusieurs interlocuteurs. Quand on parle, on s'adresse A quelqu'un. Ce quelqu'un est situé dans un environnement de niveau sonore donné et est placé à une distance précise de celui qui parle.
Pour que le message puisse parvenir à l'interlocuteur-cible, qu'il l'entende et le comprenne, il faut que la voix -support physique du message- ait une intensité suffisante pour dominer le bruit ambiant et franchir la distance appelant-cible.
Nos deux oreilles sont les microphones qui mesurent le niveau du bruit ambiant.
La distance est mesurée grâce au télémètre optique constitué par nos deux yeux. Vous connaissez sans doute le fonctionnement d'un appareil photo reflex. Lorsque vous faites la mise au point, vous visez le sujet et vous tournez la bague de l'objectif jusqu'à ce que le sujet apparaisse net dans le viseur. Vous pouvez ensuite regarder sur la bague, les repères indiquent la distance du sujet. Avec nos yeux, c'est pareil. Avant de parler, nous regardons notre interlocuteur, nos yeux se règlent automatiquement pour voir notre interlocuteur nettement. Les réglages de nos yeux sont ensuite utilisés par notre cerveau pour déterminer la distance de l'interlocuteur.
Le résultat de ces deux mesures, niveau de bruit ambiant et distance de l'interlocuteur, sont entrés dans un CALCULATEUR. C'est ce Calculateur qui détermine la Valeur de Référence en fonction du niveau de bruit ambiant et de la distance de l'interlocuteur. D'autres grandeurs peuvent influer sur la Valeur de Référence mais ces deux là sont les plus déterminantes,

Lorsque nous parlons, le niveau sonore de notre voix ne dépend pas de notre volonté.



5-De l'efficacité

Pour pouvoir parler ou chanter sans effort, nos cordes vocales doivent être capables d'efficacité. Cette efficacité est obtenue par des réglages précis de l'écartement et de la tension des cordes vocales. La fatigue des muscles des cordes vocales entraine une incapacité à tendre nos cordes vocales qui s'écartent alors au passage de l'air.
les réglages optima sont altérés, l'efficacité est perdue.

6-La boucle est fermée.

Toute perte d'efficacité des cordes vocales entraine une baisse de l'intensité de la voix. Le système de régulation réagit donc normalement en augmentant l'énergie fournie jusqu'au rétablissement de l'équilibre du système,c'est-à-dire jusqu'à ce que la voix retrouve l'intensité calculée. En vérité, cela se produit instantanément et on ne constate aucune variation de l'intensité de la voix.

Dans le cas du surmenage vocal sévère, la perte d'efficacité est telle que l'énergie nécessaire dépasse les possibilités physiques de la personne.

Le système va tenter de combler par la force la différence entre la possibilité et la nécessité en soufflant de l'air sous forte pression sur les cordes vocales.
C'est ce qu'on appelle le forçage de la voix.
Ce forçage, s'exerçant sur des muscles déjà fatigués, va aggraver leur état de fatigue.

RECAPITULONS :
Le surmenage vocal sévère est un état de fatigue des muscles des cordes vocales qui entraine leur perte d'efficacité et déclenche un forçage, lequel forçage provoque à son tour une nouvelle fatigue entrainant une perte d'efficacité déclenchant un nouveau forçage, lequel forçage. . .
. . . et ainsi de suite, le processus fonctionne en boucle.

Le surmenage vocal sévère est un processus auto-entretenu, comme un serpent qui se mange la queue. Une fois déclenché, il fonctionne tout seul et rien ne l'arrête.

Cela confirme que cette fatigue est bien anormale après deux semaines de repos vocal.Cela explique pourquoi on diagnostique encore de la fatigue musculaire au bout d'un an de repos vocal.

7-L'organisme se protège.

Un muscle qui se fatigue perd de sa force. On appelle cela : hypotonie. Lorsque les muscles des cordes vocales perdent de leur force, ils n'arrivent plus à les tendre suffisament pour qu'elles ne bougent plus au passage de l'air. Les cordes vocales se mettent alors à osciller en exécutant un mouvement de corde tendue (voir illustration Video au ralenti sur image après avoir clicqué sur "Cordes Vocales").
Les mouvements d'oscillation des cordes vocales devraient normalement entrainer qu'elles se touchent, quelles frottent l'une contre l'autre en provoquant une inflammation, puis des lésions.
Mais un autre phénomène apparait alors : les cartilages arythenoïdes sur lesquels sont attachées les cordes vocales s'écartent automatiquement jusqu'à ce que les cordes vocales ne se touchent plus. Cela est dû au fait que certains muscles qui commandent la position de ces cartilages se contractent automatiquement. Ce phénomène s'appelle un réflexe. C'est le même phénomène qui nous fait retirer brusquement notre main lorsqu'elle touche une surface brûlante. On appelle cela un réflexe de préservation ou de protection.

Le forçage de la voix sur des cordes vocales hypotoniques déclenche des réflexes de protection.


On peut remarquer que le fait d'écarter les arythenoïdes lors de la phonation va encore diminuer l'efficacité des cordes vocales. En réaction, le système de régulation va encore augmenter le forçage, ce qui entrainera deux conséquences : Cette augmentation de l'intensité des réflexes va encore diminuer l'efficacité des cordes vocales et ainsi de suite . . . Et voilà une deuxième boucle,.un deuxième serpent qui se mange la queue.

Haut de la page
REMARQUE
Dans le surmenage vocal sévère, on observe le déclenchement d'une véritable cascade de réflexes différents, mais aussi d'inhibitions. Seul ce réflexe d'écarter les cordes vocales provoque l'auto-entretien du processus.Ce sont les autres réflexes et surtout les inhibitions qui génèrent les troubles associés.

8-Réflexes acquis.

Tous les jours, pendant des semaines et des mois, à chaque parole prononcée les réflexes de protection se déclenchent.
A force d'être répétés, les gestes réflexes sont inscrits en mémoire, ils finissent même par être mémorisés comme les gestes normaux de la voix.
En conséquence, même si les muscles retrouvent leur tonus d'origine, la voix ne fonctionne toujours pas parce que le larynx effectue maintenant les mauvais gestes car ils sont inscrits en mémoire comme les gestes normaux de la voix.

La cause a disparu, l'effet reste.

L'ennui est que ce geste réflexe, écarter les cordes vocales, a pour conséquence une perte d'efficacité entrainant un forçage automatique, comme nous l'avons déjà vu. Et la voix se redéglingue encore, le processus est réactivé.

L'acquisition des réflexes de protection constitue donc une troisième boucle d'auto-entretien de la fatigue dans le surmenage vocal sévère.

L'acquisition des réflexes de protection se produit au bout d'un certain temps : le délai de mémorisation.
En pratique, on constate que cela survient dès les premiers quinze jours.

J'ai découvert l'importance du rôle des mécanismes de protection grâce aux observations fines et pertinentes de ma prof de technique vocale de l'époque. Merci Geneviève.

9-Conjonction causale.

Nous avons maintenant une idée d'ensemble des phénomènes en jeu. Il s'agit donc d'un processus relativement complexe comportant trois boucles d'auto-entretien. Ce processus est composé des éléments que nous avons vu précédemment. Parmi ces éléments, seule l'hypotonie des muscles des cordes vocales présente un caractère pathologique; c'est-à dire maladif. Tout le reste fonctionne logiquement, ce sont les conditions qui sont anormales :
Le calculateur, le système de régulation, les réflexes et la mémoire sont des fonctions ou des caractéristiques normales du système nerveux.

C'est donc la réunion de la fatigue vocale extrême et du fonctionnement normal du système nerveux qui a déclenché ce processus.

La CONJONCTION de la fatigue vocale extrême ET du fonctionnement normal du système nerveux est la CAUSE du processus auto-entretenu du surmenage vocal sévère.

La fatigue vocale extrême du départ, qui a mis la victime dans cet état, n'est qu'une cause     déclenchante

Certaines altérations des muqueuses peuvent entrainer une perte d'efficacité des cordes vocales. Ces altérations peuvent donc être également des causes déclenchantes du surmenage vocal sévère. C'est le cas du Reflux Gastrique. L'erreur récurrente est alors de croire qu'il suffit de soigner le reflux gastrique ou tout autre problème pour que tout rentre dans l'ordre. Non ! La aussi, le reflux gastrique n'est qu'une cause déclenchante. Le malade se retrouve avec DEUX pathologies. Il faut traiter le surmenage vocal sévère de manière indépendante et spécifique.
Le médecin spécialiste du reflux gastrique s'appelle un   gastro-entérologue.

10-CONCLUSION


Conclusion A.
En réunissant les éléments du processus dans un diagramme, on obtient le modèle de l'illustration DIAGRAMME. Ceux qui n'ont aucune notion d'algèbre de Boole pourront regarder auparavant le document "LOGIQUE"( cliquez sur "Logique", puis sur "Diagramme")
Ce modèle a été établi en mai 1995 et, jusqu'à ce jour, il a parfaitement résisté à l'épreuve des faits. C'est-à-dire que je me suis trompé à chaque fois que j'ai essayé d'agir en contradiction avec ce modèle. A l'inverse, c'est en suivant scrupuleusement ce qu'indique ce modèle que j'ai réussi à m'en sortir et que je réussi aujourd'hui à vous aider, mes chers camarades.

Le malmenage de la voix, le forçage vocal mais aussi l'utilisation intensive, entrainent au début une fatigue vocale simple et normale qui disparait avec le repos. Le danger vient souvent lorsqu'on ne récupère pas et qu'on continue à chanter ou à utiliser sa voix de manière intensive. Alors la fatigue vocale s'accumule de jour en jour. Elle finit par dépasser un seuil qui déclenche le processus d'auto-entretien. Il faut parler alors de surmenage vocal sévère.
Le seuil qui déclenche le processus d'auto-entretien est le degré de fatigue vocale où même la conversation de proximité en tête -à-tête est devenue difficile et pénible.

La fatigue vocale est une chose normale et saine. C'est elle qui permet l'entretien du tonus musculaire. Mais à condition de récupérer. Ce qui doit nous alerter, c'est de commencer à avoir des difficultés à parler. Hélas, bien souvent, on a même pas le temps de les voir venir.
Lorsqu'on se fatigue en chantant, on peut s'arrêter de chanter pour se reposer la voix. Mais ce sont ces mêmes organes fatigués que l'on utilise pour parler. Et, on ne peut pas ne pas parler car nous ne sommes pas, ou rarement, des ermites, nous avons une vie sociale, professionnelle et familliale oû nous sommes obligés de parler.

On se fatigue la voix en chantant, mais c'est la voix parlée qui aggrave la situation.


Conclusion B
Lorsque l'on choisi d'être efficace pour résoudre un problème, on installe dans sa tête une représentation de la réalité adaptée au type du problème rencontré.

Pour le problème qui nous préoccupe, la réalité s'appelle instrument vocal.
L'instrument vocal est constitué d'une soufflerie (poumons, abdominaux, diaphragme), d'un générateur de son fondamental (le larynx) et de résonateurs. Mais ce n'est pas tout. L'ensemble de ces trois composantes est géré, synchronisé et contrôlé par un système que l'on nomme : Système de Gestion de l'Instrument Vocal. Le calculateur et le système de régulation en font partie.

Instrument Vocal = {Soufflerie + Générateur de Sons + Résonateurs} + Système de Gestion

Soufflerie + Générateur de Sons + Résonateurs = Partie Mécanique

Instrument Vocal = Partie Mécanique + Système de Gestion


La voix parlée et la voix chantée utilisent exactement la même Partie Mécanique. Quand la voix chantée est fatiguée, la voix parlée aussi. La différence entre la voix parlée et la voix chantée se situe dans le Système de Gestion.Le Système de Gestion de la voix parlée est différent du Système de Gestion de la voix chantée, ce n'est pas le même "logiciel".

Remarque: J'ai employé le mot "résonateur" pour ne pas alourdir le texte.
Ce mot de résonateur cache la réalité plus complexe d' Amplification Acoustique composée d'une amplification générale par adaptation d'impédance (pavillon) à laquelle s'ajoute des amplifications particulières (formants) par résonateurs.
Mais on sort des limites de ce site web.

Conclusion C
Notre cerveau n'est pas un organe monobloc. Il est composé de parties différentes qui réalisent une très grande quantité de tâches. L'une de ces tâches s'appelle la communication, elle consiste à élaborer un message, à le mettre en forme pour qu'il soit compris et à le faire parvenir à l'interlocuteur-cible. Cette fonction est extrèmement puissante.
Lorsque la fatigue des muscles des cordes vocales ne permet même plus la réalisation d'une conversation de proximité en tête-à-tête, il n'existe pas de mécanisme pour alerter la fonction communication et la corriger. Ce sont des réflexes et des inhibitions en cascade qui protègent alors les organes de la voix.
Il se produit un "Bras de Fer" entre la fonction communication qui veut absolument faire passer son message et les mécanismes de protection.

Haut de la page