Nous avons tous du sang. Mais nous n'avons pas tous le même sang. C'est pourquoi on a créé les groupes sanguins.
Nous avons tous un système nerveux, même si parfois, pour certains, on en doute. Mais, si ! Nous avons tous un système
nerveux. Mais nous n'avons pas tous le même système nerveux. Comme pour le sang, il y a des groupes.
En pratique, les groupes sont au nombre de deux. Pour ne fâcher personne, on va les appeler le groupe TONIQUE et le
groupe RELAX. Le déclenchement du processus auto-entretenu du surmenage vocal ne se rencontre que chez les personnes du
groupe TONIQUE. Le groupe TONIQUE est donc un groupe à risque.
Pour sa sécurité, tout chanteur doit connaitre deux grandes caractèristiques de son corps :
1-Sa tessiture exacte et vérifiée.
2-Le groupe de système nerveux auquel il appartient.
Dans la page "Analyse du Processus", l'ensemble du paragraphe "2-La voix:un système régulé" décrit le fonctionnement
audiophonologique du groupe Tonique.
Le groupe Relax fonctionne normalement comme décrit en "B-Régulation par les moyens", mais sans qu'ils aient besoin de
déconnecter le système de régulation, sans empêcher leurs oreilles d'entendre leur voix.
Chez les personnes du groupe Relax, le système de régulation par les oreilles n'existe pas ou il est peu performant,
il ne provoque pas les réactions violentes que l'on rencontre chez les Toniques.
Posséder un système nerveux de type Relax n'empêche pas de développer une grande voix (j'en connais) ou de faire une
belle carrière dans la variété (Etienne Daho est probablement de ceux-là).
Chaque type a ses avantages et ses inconvénients. Il faut apprendre à se connaitre et à se gérer.
Physiologie du sport
Il existe dans les archives du magazine "La Scena Musicale" un article du Docteur Françoise Chagnon, célèbre phoniatre
canadienne. Elle y raconte qu'elle reçoit de jeunes chanteurs à la technique parfaite et qui sont pourtant en
difficulté vocale. Elle leur demande de tenir un agenda quotidien où ils noteront leur emploi du temps et tout ce qui
concerne leur voix. Quand ils lui rapportent leur agenda, elle s'aperçoit alors qu'aucune de leurs journée ne laisse
de place pour le repos vocal. Entre le travail vocal, l'apprentissage des partitions, les répétitions, les relations
publiques et la gestion de leur carrière, pas le temps de "souffler".
Le travail de la voix est en grande partie un travail physique. Le corps a ses nécessités qu'il vaut mieux ne pas
négliger. Le chanteur tirera profit des ces principes de base de la physiologie du sport :
A tout travail doit correspondre son repos.
A tout travail SUPPLEMENTAIRE doit correspondre son repos SUPPLEMENTAIRE.
Donc, plus on travaille sa voix, plus on doit prévoir et gérer le repos. Tant qu'une bonne nuit de sommeil suffit, tant
mieux, mais il est prudent de surveiller l'apparition d'une éventuelle fatigue vocale.
Vous aurez bien noté, comme moi, qu'une technique vocale parfaite ne préserve pas toujours des problèmes de voix.
Les signes de la fatigue
Lorsque la voix ne marche pas bien tout à coup, les chanteurs, même professionnels, sont souvent désemparés. Comme moi
à l'époque. La difficulté majeure consiste à faire la différence entre la fatigue et une éventuelle lésion des cordes
vocales. Pour cela non plus je n'ai pas de recette miracle. La fatigue vocale ne se manifeste pas toujours par des signes
clairs et identiques. Voici cependant les manifestations les plus fréquentes :
1-On sent d'abord des difficultés aux extrémités de la tessiture. Les graves sont moins sonores et les sensations
augmentent. L'aigu devient plus difficile et on entend un bruit de souffle.
2-Il y a apparition ou augmentation du bruit de souffle résiduel à l'extinction de la voix. Le bruit
de souffle résiduel est le bruit que l'on entend lorsqu'on laisse s'éteindre la voix toute seule par manque de souffle,
les muscles du thorax et de l'abdomen détendus. Une bonne méthode pour faire entendre ce bruit de souffle résiduel, ou
son absence, est de pratiquer les célèbres exercices de relaxation les yeux ouverts de François le Huche (demandez à
votre orthophoniste ou votre prof de chant).Finissez ces exercices en y ajoutant le son de votre voix comme il vient.
Quand la voix s'arrête, qu'entendez-vous, rien ou quelque chose ? Vous pouvez mieux entendre en joignant vos deux mains
en forme de coquillage et en en couvrant votre bouche et une oreille.
3-Il y a apparition de tensions musculaires au niveau du larynx. Un bon moyen pour ressentir ces tensions musculaires
est de se relâcher complètement et, avec un tout petit filet de souffle, émettre une espèce de grondement. C'est sans
danger. Les sensations que cela provoque permettent au cerveau de localiser avec précision l'emplacement des cordes
vocales et d'être renseigné sur leur état de tension. Mais il faut d'abord pratiquer cet exercice régulièrement quand
on est reposé pour mémoriser les sensations et le son en l'absence de fatigue. La fatigue modifie ces sensations et le
son.
La présence simultanée de ces trois signes correspond à de la fatigue vocale. Avec un seul de ces signes, il peut y
avoir un doute. Surtout, la présence unique du bruit de souffle résiduel sans les autres signes peut être causée par un
réflexe mémorisé mais également par une lésion sur les cordes vocales si cet état dure trop longtemps. La fatigue
vocale ne résiste pas à 5 jours de repos total. Au-delà, ce n'est plus de la fatigue, il y a autre chose. A ma
connaissance, seul l'examen par un médecin spécialiste peut lever le doute.
ATTENTION : si la fatigue est telle que vous éprouvez des difficultés à parler, même en tête-à-tête à l'intérieur, vous
risquez de déclencher un surmenage vocal sévère.
Cyberchanteurs
Dans la page "Analyse du processus", vous avez vu que la voix était en partie gérée par un système de régulation.
L'explication que je vous en donne est évidemment simplifiée pour pouvoir en comprendre les principes. Ce n'est pas
seulement l'intensité sonore de la voix qui est mesurée mais également tous les aspects qui font que la voix porte
plus ou moins et, notamment, le timbre.
L'ensemble Calculateur+Système de Régulation n'existe que dans la voix PARLEE. Dans la voix chantée, il n'y a
pas de calculateur, on ne trouve qu'un système de régulation.
Dans la voix parlée, c'est le calculateur qui impose la Valeur de Référence au système de régulation. Dans la voix
chantée, le système de régulation fonctionne comme celui de la voix parlée(c'est peut-être le même), il se base aussi
sur une Valeur de Référence, mais celle-ci est déterminée de manière plus libre, la volonté peut intervenir.
Bien sûr, la voix chantée est aussi influencée par le niveau sonore ambiant et le regard, mais pas de manière aussi
rigide que la voix parlée et on peut s'en servir ou s'en affranchir si on veut.
La voix parlée est vraiment esclave du calculateur, c'est la grosse différence avec la voix chantée.
Pour être lue par le système de régulation, il est probable que la Valeur de Référence est
placée dans une mémoire temporaire que l'on appelle "mémoire de travail".
Comme dans la voix parlée, ce sont toutes les caractèristiques de la voix qui servent de référence dans la voix chantée.
A tel point que l'on peut parler de VOIX DE REFERENCE . C'est-à-dire que le système de régulation
compare la voix produite à une Voix de Référence et ensuite, l'organisme tend à corriger automatiquement notre voix pour
la faire ressembler à la Voix de Référence.
En général, le chanteur va chercher sa voix chantée habituelle dans sa mémoire et la charge dans la mémoire de travail
pour servir de Voix de Référence.
Mais on peut aussi mettre dans la mémoire de travail une voix de qualité supérieure à sa voix habituelle et chanter
ainsi régulièrement. Petit à petit, si rien ne vient la bloquer, la voix réelle tend à se rapprocher de la Voix de
Référence et on fait des progrès. Bien sûr, il y a des limites, on ne peut pas changer les caractères fondamentaux de
sa voix. On ne peut pas mettre la voix de Pavarotti ou Jessye Norman en Voix de Référence et devenir automatiquement
Pavarotti ou Jessye Norman. Faut pas rêver. En faire trop peut même créer un forçage vocal, donc attention.
On peut mettre en Voix de Référence une voix qui exige un tonus musculaire plus élevé. En chantant ainsi on favorise
la musculature de son larynx. Là aussi, attention à ne pas trop en faire.
Ca se complique encore.
En effet, si vous avez regardé l'illustration Régulation dans la page "Analyse du processus", vous avez pu observer que
la mesure de la voix produite se faisait par nos oreilles et, donc, par la fonction audition que nous avons dans le
cerveau. Or, nos oreilles ne sont pas de simples microphones passifs. La fonction audition nous permet d'écouter de
manière globale mais aussi de sélectionner des éléments précis dans l'ensemble des sons qui parviennent à l'oreille.
On appelle cela la focalisation de l'écoute.
La mesure du résultat vocal qui parvient au comparateur n'est pas le résultat vocal réel mais le résultat de l'écoute
active de nos oreilles.
Les chanteurs et les imitateurs ont donc la possibilité de jouer avec leur système de régulation pour obtenir des
résultats vocaux :
-d'un côté, le comparateur reçoit le résultat de l'écoute active par les oreilles qui est très riche en possibilités,
-de l'autre côté, ce résultat est comparé à une Voix de Référence elle-même très riche en possibilités.
La combinaison des deux offre une énorme richesse en possibilités d'actions sur la voix.
C'est vertigineux.
Le système de régulation permet de corriger alors non seulement l'intensité
sonore ou la "portance" de la voix, mais également la qualité du du son, le timbre, les résonnances, etc. Même les
sensations sont traitées par le système de régulation.
C'est vraiment un outil complexe et performant. On peut utiliser l'appellation de Système Cybernétique, elle n'est pas
usurpée.
Il est possible que certains forçages vocaux chroniques dont on ne trouve pas la cause soient dus à une Voix de
Référence inatteignable. Quand on chante, il faut donc faire attention à la voix que l'on a en tête (la voix à laquelle
on pense, ne pas confondre avec la "voix de tête"). De même, il faut faire attention aux "petits grains de sable" qui
peuvent perturber la machinerie vocale, une baisse subite de l'efficacité de la voix se traduit souvent par une réaction
de forçage générée par le système cybernétique. Suivez bien les conseils de Christian Guérin (page "Bloc-Notes", les
livres).
Après mon accident vocal, lorsque j'ai réussi à neutraliser le processus auto-entretenu du surmenage vocal, j'ai
constaté que je devais reconstruire totalement ma voix, sa musculature et ses résonances. Pour cela, j'avais en
mémoire le son de ma voix avant mon accident vocal, je l'ai chargée dans la mémoire de travail pour qu'elle soit la
Voix de Référence et j'ai chantonné ainsi jusqu'à retrouver la possibilité de chanter vraiment avec ma voix à moi.
A cause de l'état de ma musculature, cela m'a pris des années mais cela a marché.
Eh,oui ! Il faut des années pour fabriquer ou reconstruire une musculature laryngée de chanteur. Autant tout faire pour
l'entretenir et la préserver.
Tous les grands chanteurs utilisent plus ou moins consciemment ce procédé, les imitateurs aussi.
Mais pour réussir, ce procédé exige du chanteur qu'il soit capable d'entendre et d'analyser toutes les composantes de
sa voix. Comment voulez-vous corriger vos résonances nasales si vous ne les entendez pas, si vous ne faites pas la
différence entre une résonance nasale ou buccale parfaitement lisse et celle qui grésille ou crépite ? Si vous
n'entendez pas un éventuel bruit de souffle dans votre voix ?
Au collège, j'avais un prof de dessin qui nous disait :"La technique, la perspective on s'en fout.Oui on s'en fout, on
s'en fout, on s'en fout! L'important, c'est D'ABORD d'apprendre à voir. Une fois qu'on sait voir, la technique ça vient
tout seul."
Je pense qu'on peut transposer cela en partie au chant:
La technique vocale on s'en fout. Oui on s'en fout, on s'en fout, on s'en fout ! L'important c'est d'abord d'apprendre
à entendre. Une fois qu'on sait entendre, la technique ça vient tout seul. J'ai appris tout seul à développer les
résonnances de ma voix en entendant des chanteurs solistes et en les imitant. C'est ensuite que les cours de technique
vocale m'ont confirmé que je faisais les bons gestes pour ce qui concerne les résonateurs. Par contre, pour le
reste . . .
Pas d'apprentissage du chant sans éducation de l'oreille.
Il est très probable que certaines difficultés de l'apprentissage du chant soient dues aux faits que les élèves ne
savent pas se servir instinctivement de leur système cybernétique ou bien possèdent une oreille insuffisamment éduquée.
J'ai pu le constater chez certains de mes camarades en cours collectifs de chant.
EN PRATIQUE.
Le système est complexe mais l'utilisation est simple. Il suffit de chanter en pensant à la voix que l'on veut
obtenir, mais en y pensant FORTEMENT. En même temps, il faut s'écouter chanter attentivement en concentrant son
écoute sur les aspects que l'on veut améliorer en priorité. Le système cybernétique se charge de commander les muscles
pour essayer de réaliser vos désirs. Suivant la difficulté et vos aptitudes cela peut prendre du temps.
Comme la langue d'Esope, le système cybernétique qui gère la voix est la meilleure et la pire des choses.
-La meilleure car il nous permet d'obtenir des résultats vocaux assez facilement quand on sait s'en servir, instinctivement
ou consciemment.
-La pire des choses car il est source de forçage et de surmenage vocal.
Pour se prémunir du pire, il est utile et sage de bien comprendre comment fonctionne ce système cybernétique et comment
il peut générer du forçage à cause du comparateur. Il faut ensuite apprendre à détecter l'apparition du forçage vocal.
Empêcher le forçage vocal se fait par de la technique vocale, encore de la technique vocale, toujours de la technique
vocale.
Les résonateurs
Un résonateur ne crée rien du tout. Un résonateur n'est qu'une vulgaire boite ou un objet solide. A lui tout seul,
il ne produit aucun son.
Un résonateur ne fait rien d'autre que de multiplier par un facteur qui lui est propre l'amplitude des fréquences qu'il
reçoit ET sélectionne.
C'est-à-dire qu'avant de multiplier l'amplitude d'une fréquence qu'il sélectionne, il faut d'abord qu'il la
reçoive .
Et il la reçoit d'où ? Du larynx. Notre larynx produit le son de base de notre voix qu'on appelle le son
fondamental laryngé.
C'est le son fondamental laryngé qui doit être riche en harmoniques puissants pour pour que ceux-ci puissent être
amplifiés efficacement par les résonateurs. Avec un son fondamental laryngé pauvre en harmoniques, les résonateurs
ne modifient pas beaucoup le son d'une voix et il est très difficile de trouver la bonne forme des résonateurs. La
richesse du son fondamental laryngé dépend de multiples facteurs : la qualité des muqueuses, le tonus musculaire,
la pression sous-glottique, la tension des muscles vocaux, etc. Cela dépasse mes modestes compétences. Sauf que certains
facteurs sont des réglages qui peuvent être contrôlés par le système cybernétique, c'est-à-dire,en fin de compte, "à
l'oreille".
Il existe un son fondamental laryngé riche en harmonique et qui pourtant ne fait pas beaucoup réagir les résonateurs,
c'est cette voix a demi chuchotée que l'on nomme voix soufflée . La voix soufflée comporte toutes les
harmoniques mais ceux-ci sont de très faible amplitude. Même si le facteur de multiplication du résonateur est de
100, presque rien multiplié par 100 cela ne fait pas beaucoup. Le bruit de souffle n'est pas seulement un bruit parasite
qui vient s'ajouter à la voix. Il correspond à un déréglage du larynx, les cordes vocales sont trop éloignées l'une de
l'autre et laissent passer trop d'air, cela s'entend. De plus, ce déréglage enlève au larynx toute efficacité et a pour
conséquence un son fondamental laryngé de mauvaise qualité.
Pour illustrer ce chapitre sur les résonateurs, voici un exemple de chant diphonique. Il n'y a pas de trucage, c'est
uniquement de la voix, de la technique vocale. Le son fondamental produit par le larynx est étouffé et ne sert plus qu'à
faire fonctionner les résonnateurs, on n'entend plus que les harmoniques. Ce chanteur est exceptionnel, il arrive même
à produire un chant diphonique avec la bouche fermée.
La mémoire des gestes
Dans la page "Analyse du Processus"-Réflexes acquis-, nous avons vu que le larynx mémorisait les gestes réflexes, et
notamment le plus évident d'entre eux : écarter les arythénoïdes. Plus précisément, j'ai pu observer que le larynx se
prépositionnait sur la moyenne des réglages utilisés. C'est facile à observer avec l'écartement des arythénoïdes :
à une grosse fatigue correspond un écartement maximum, à une meilleure forme correspond un écartement plus faible.
Le larynx mémorise la moyenne des réglages utilisés.
Cela est valable en général et, donc, pour le chant. Le chanteur qui aura le plus de facilités sera celui qui effectuera
le plus de bons gestes vocaux et le moins de mauvais. Il y a donc un avantage évident pour le chanteur qui "parle comme
il chante".
Ces observations viennent à l'appui de la thèse de Christian Guérin sur l'origine géographique et linguistique des
chanteurs lyriques.
En rééducation orthophonique, pour soulager notre voix et qu'on nous entende sans effort, l'orthophoniste nous apprend
à parler en utilisant une technique que l'on appelle "voix projetée". Je ne sais pas si cela peut remplacer une langue
maternelle "chantante" mais je m'en sers tous les jours.
Conclusion
Les gestes vocaux ont des oreilles et de la mémoire.